Avec environ 4 millions de visiteurs par an, elle figure parmi les cathédrales les plus visitées de France, après Notre-Dame de Paris. Mais au-delà de sa façade spectaculaire et de sa célèbre flèche, elle recèle une multitude de détails parfois méconnus. Voici ce qu’il faut absolument regarder lors de votre visite, à l’extérieur comme à l’intérieur, sans oublier la montée à la terrasse.
Bâtie en grès rose des Vosges entre 1180 et 1439, il faut se rendre à l’extrémité de la rue Mercière, côté place Gutenberg, pour prendre du recul et admirer l’impressionnante hauteur de sa façade occidentale superbement ouvragée. Jusqu’en 1874, la cathédrale de Strasbourg fut le plus haut monument de la chrétienté, avec une flèche de 142,11 m achevée en 1439. À savoir : la plus haute construction du monde était la pyramide de Khéops, avec environ 146 m.
Quelques chiffres : 118 m de long, 51 m de large et 32 m de hauteur sous voûte.

Brève histoire de la cathédrale
A la suite de l’incendie qui détruisit la cathédrale romane en 1176, il fut décidé de reconstruire un nouvel édifice en réutilisant les fondations de l’ancien.
De 1180 à 1210 : construction du chœur puis du transept nord qui sont de style roman.
Vers 1210 à 1235 : la venue d’un nouveau maître d’œuvre, qui a probablement travaillé dans des cathédrales d’Île-de-France, fait qu’on passe du roman au gothique avec, entre autres, la superbe réalisation du pilier des Anges qui porte le poids de la voûte du transept sud et qui représente le Jugement dernier. À l’extérieur, le portail méridional présente la fameuse statue de la « Synagogue » face à celle représentant « l’Église triomphante ».
De 1235 à 1275 : édification de la nef (62,5 m de long sur 44,5 m de large y compris les bas-côtés) en se servant des arcs-boutants et des croisées d’ogives pour alléger les murs afin d’y installer des verrières.
1 500 m² de vitraux sont présents dans la cathédrale.
De 1277 à 1371, élévation de la façade occidentale de style gothique avec ses 3 portails, sa rosace de 13,6 m de diamètre et ses 2 tours. C’est le maître d’oeuvre Erwin von Steinbach qui prend la direction des travaux en 1285. Il faut aussi savoir qu’elle était entièrement peinte pour marquer les esprits et que, pour accentuer sa verticalité, le décor est construit devant le mur et relié à lui à l’aide d’armatures métalliques.
De 1371 à 1399, un beffroi est rajouté entre les deux tours pour compléter le massif occidental et permettre la construction ultérieure de la tour nord.
De 1399 à 1439 : c’est le temps des travaux de la flèche qui va atteindre la hauteur faramineuse de 142,11 m car, à cette époque-là, il y avait une sorte de course à la hauteur pour montrer toute la puissance de la ville par rapport aux autres. C’est d’abord Ulrich d’Ensingen qui réalise la base de la flèche. De forme octogonale, elle est flanquée de quatre tourelles renfermant chacune un escalier. À sa mort, survenue en 1419, c’est son second, Jean Hültz, qui devient l’architecte principal et qui imagine ce chef-d’œuvre qui élève la cathédrale vers le ciel. Pour résister à la force du vent, elle est ajourée et consolidée par de nombreuses pièces métalliques qui vont lui permettre de mieux résister aux mouvements du vent.


Visite de la cathédrale de Strasbourg
À ne pas rater à l’extérieur
La Révolution française, en 1793, a mutilé 235 statues, ce qui fait que beaucoup d’œuvres que l’on voit aujourd’hui sont le fruit de restaurations au 19e siècle. À cela, il faut préciser que des copies ont remplacé des originaux abîmés par le temps ou retirés pour être exposés au musée de l’Œuvre Notre-Dame.
La façade occidentale :
C’est bien entendu la plus impressionnante, surtout lorsqu’on arrive dans la rue Mercière. On trouve la galerie des Apôtres, puis la rosace, puis le grand gâble et enfin les trois portails.

– Le portail sud :
C’est celui où sont représentées les Vierges sages, qui tiennent les lampes allumées et droites, et les Vierges folles, avec les lampes renversées. Le Tentateur, qui tient la pomme, est en fait le diable, reconnaissable à la présence de serpents et de crapauds dans son dos.Cette parabole de l’Évangile illustre le combat du bien contre le mal.

– Le portail central :
C’est le plus beau mais, comme il a été dit plus haut, le tympan est un mélange de sculptures médiévales et de restaurations du 19e siècle pour les parties qui ont été martelées par les révolutionnaires. Quant aux voussures et à la statue de la Vierge sur le trumeau, elles ont été refaites quasiment entièrement au 19e siècle, dans un style proche de ce qui existait auparavant.
En se rapprochant du portail, on peut y observer un détail inattendu au-dessus de la porte de gauche, au 3ème registre. C’est la scène de la « Gueule de l’enfer » dans laquelle un personnage est en train de bouillir dans une marmite et, à côté, on voit un enfant en train d’uriner. D’après la légende locale, il viserait un évêque pédophile (Gamil Blosaarsch) dont on ne voit que le fondement avec son … anus en forme d’étoile. Ce prélat, qui aurait existé, aurait abusé des enfants de chœur et il aurait fini par être chassé de la ville.

Quant à la fameuse scène, elle se trouve au 3ème registre, à gauche

À droite, sont représentés Adam et Eve


– Le portail nord :
Sur le tympan sont représentées des scènes de l’Enfance du Christ. Dans les ébrasements, les Vertus terrassent les Vices, qu’elles foulent aux pieds. C’est une copie du 19e siècle.
Le portail Saint-Laurent :
Situé sur le côté nord de la cathédrale, est de style gothique flamboyant avec sa dentelle de pierre. Il a été réalisé entre 1494 et 1505. Sur le tympan est représenté le martyre de saint Laurent, maintenu par deux bourreaux sur un gril et, sur la gauche, ce sont les Rois mages.


Le portail méridional
Il est d’époque romane et sa statuaire du 13e siècle (vers 1230) a été préservée des destructions révolutionnaires.. Sur la gauche, il y a la représentation symbolique de l’Église triomphante, qui regarde la Synagogue vaincue, représentée par une belle jeune femme au regard voilé et portant une lance brisée. Sur le trumeau, au centre, sous le Christ, se trouve la statue du roi Salomon, avec, sous la console, la représentation du fameux jugement de Salomon entre les femmes qui se disputent le même enfant, en disant chacune que c’est leur fils.
Sur le mur de droite, si vous avez la patience, cherchez deux dragons gravés dans la pierre par les ouvriers à l’époque médiévale.


À ne pas rater à l’intérieur
Quand on pénètre dans la cathédrale, on est d’abord frappé par l’omniprésence des vitraux, puis il faut aller voir les transepts en traversant la nef.
Les vitraux
Beaucoup ont été réalisés entre le 12e et le 14e siècle (c’est le second plus grand ensemble de verrières gothiques après Chartres).
- Dans le bas-côté nord :
Conçus au 13e siècle, ils représentent des rois et empereurs germaniques.

- Dans le bas-côté sud :
Les cinq verrières du 14e siècle (1328) représentent des scènes de la vie du Christ et de la Vierge, alors que les panneaux des tympans qui les surmontent datent de 1250 à 1275.




- La rose de la façade occidentale
C’est l’une des plus grandes d’Europe avec ses 13,6 m de diamètre. Composée de 16 pétales, elle n’est pas historiée comme beaucoup de roses de cette époque, mais remplie de couleurs éclatantes, notamment de jaune.

- Le vitrail du millénaire
Dans la chapelle Sainte-Catherine, ne manquez pas le vitrail contemporain installé en 2015 à l’occasion du millénaire de la cathédrale. Il représente le Christ bénissant, dont le visage est composé de 150 portraits photographiques d’hommes et de femmes anonymes.

Dans la nef :
– L’orgue en nid d’abeille
C’est un instrument conçu par le facteur d’orgues Andreas Silbermann entre 1713 et 1716 tout en conservant le buffet polychrome de 1489. À sa base, vous remarquerez la présence de petites statues qui sont en fait des automates, dont un singe et un lion.

– La chaire de Geiler
Superbement travaillée, c’est aussi là que se trouve l’une des sculptures les plus célèbres de la cathédrale, à savoir le chien de Geiler de Kaysersberg. C’était un prédicateur célèbre à son époque et la chaire a été réalisée pour lui en 1485. La légende dit que son chien l’attendait au pied de la chaire pendant qu’il faisait son sermon. De nos jours, il faut éviter de toucher cette sculpture pour ne pas l’abîmer, bien qu’elle ait cette réputation tenace de porte-bonheur !


Le transept nord
Y est représenté l’un des ensembles sculptés que l’on trouve dans d’autres églises d’Alsace, à savoir le Mont des Oliviers, qui évoque la dernière nuit du Christ priant au jardin de Gethsémani avant son arrestation. Celui de Strasbourg a été commandé en 1498 pour le cimetière de l’église Saint-Thomas avant d’être transféré à la cathédrale au début du 19e siècle.
Cherchez bien à la base du pilier nord et vous trouverez la sculpture d’un petit atlante qui rappelle que, grâce à l’intervention d’un architecte allemand du début du 20e siècle, la cathédrale aurait été sauvée d’un risque d’effondrement.
Le transept sud
– Le Pilier des Anges ou du Jugement dernier
Réalisé vers 1230, c’est l’une des premières grandes manifestations du gothique d’inspiration française à Strasbourg. Ce pilier, qui soutient la voûte, possède douze sculptures illustrant le Jugement dernier.

Dans le coin gauche, au-dessus de la tribune des chantres, vous remarquerez l’une des fameuses statues de la cathédrale, celle de l’Homme accoudé. Une légende dit qu’il est là et regarde le pilier car il doutait de sa solidité. Or la tribune a été ajoutée bien plus tard : l’Homme accoudé est daté du début du 16e siècle, alors que le Pilier des Anges date du 13e siècle. La légende ne peut donc pas être prise au pied de la lettre !

– L’horloge astronomique
Cette dernière date du 16ème siècle mais son mécanisme a été entièrement retravaillé entre 1838 et 1842 par le Strasbourgeois Jean-Baptiste Schwilgué. Il l’a dotée d’un mécanisme complexe qui permet d’indiquer, en plus de l’heure, des phases de la lune, du mouvement des planètes, etc. Par exemple, il y a une sphère céleste qui reproduit le mouvement de précession des équinoxes et l’un de ses rouages met environ 25 806 ans à effectuer un tour.

Pour voir le maximum d’automates en mouvement, le spectacle a lieu une fois par jour à 12 h 30 et vous devez acheter un billet pour y assister.
Ainsi, vous verrez le défilé des 12 Apôtres et vous entendrez le coq chanter trois fois, rappelant le reniement du Christ par saint Pierre.
👉 En savoir plus sur le spectacle de l’horloge astronomique
– Les deux roses
Elles datent du 13e siècle, l’une représentant l’Ancien Testament et l’autre le Nouveau Testament.

La montée à la terrasse
Il ne faut pas être sujet au vertige, surtout à la descente, car les escaliers en colimaçon ont été aménagés à l’intérieur de tours ajourées. Il y a tout de même 332 marches à monter pour arriver à la terrasse, qui se trouve à 66 m de hauteur au-dessus du parvis de la cathédrale. La vue y est incroyable sur Strasbourg et ses alentours, Vosges et Forêt-Noire comprises.
De plus, vous êtes au pied de la flèche et pouvez admirer l’incroyable travail qu’il a fallu accomplir pour réaliser une telle œuvre de pierre, qui s’élève à plus de 76 m au-dessus de la terrasse.
À l’intérieur de la maison du veilleur, vous pouvez voir deux machines appelées des écureuils, qui servaient à monter les pierres.
À la base de la flèche, vous pouvez aussi voir plein de graffitis qui étaient la signature de passage des touristes du 20e siècle, qui payaient le veilleur pour graver leur nom lors de leur passage. Cette pratique a duré jusqu’en 1872, date à laquelle elle a fini par être interdite. Cependant, pour ceux qui veulent figer dans la pierre leur passage, vous pouvez le faire sur écran d’ordinateur, mais ce sera de façon virtuelle !
👉 En savoir plus sur la montée à la plateforme de la cathédrale,





Le spectacle son et lumière
Chaque été, la façade de la cathédrale s’illumine lors d’un spectacle gratuit d’une dizaine de minutes, qui met en valeur les innombrables détails de ses sculptures. Prenez votre temps : inutile de vous précipiter à 22 heures, car c’est à ce moment-là qu’il y a le plus de monde. Les illuminations se reproduisent plusieurs fois à la suite jusqu’à minuit. Le meilleur endroit pour en profiter est la rue Mercière, qui permet d’avoir davantage de recul et une belle vue d’ensemble sur la façade.

Bonne découverte de la cathédrale Notre Dame
Des visites guidées de la cathédrale sont organisées par l’office de tourisme de Strasbourg :
👉 Site officiel pour réserver votre visite guidée
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